Géologie de la Sainte Baume

Introduction

Ayant eu le privilège, pendant près de 15 ans, d'être le Père Gardien de la grotte de sainte Marie-Madeleine à la Sainte Baume, j'ai pu être tout autant le témoin principal des nombreuses grâces divines accordées aux pèlerins de ce lieu que l'observateur unique de son environnement naturel exceptionnel. Du haut de ce belvédère ou plus précisément de ce « mirador », accroché à la falaise, j'ai pu, la nuit comme le jour, observer, sentir, entendre, goûter, toucher bien des choses et des phénomènes, mieux que le savant le plus compétent menant sa recherche dans la plaine. Voulez-vous des exemples ? En voici quelques-uns :

1 - On connaît la fréquence et la violence du Mistral en Provence.

A la grotte de Marie-Madeleine, nous le recevions de plein fouet et je puis vous assurer qu'il n'était pas bon de stationner alors sur l'esplanade ! C'était les jours les plus froids. Mais bizarrement, j'observais que la belle forêt relictuelle était alors épargnée et que pas un arbre ne bougeait : les vagues déferlantes et très violentes de ce vent provençal passaient au-dessus d'elle. Pourquoi ? Parce que la petite montagne de la Cayre qui est en face, de l'autre côté de l'hôtellerie, avait été disposée là comme coupe-vent et protégeait ainsi les 138 hectares de la forêt relictuelle. Tout pèlerin ou visiteur de la Sainte Baume ne manquera pas, en montant à travers la forêt, de remarquer que tous les grands arbres qui la composent étalent en surface et donc en plein air leur longues et très épaisses racines. Pourquoi ? Parce que la terre fertile n'est pas très épaisse et que la roche est tout de suite là. Il est bien évident alors que cette magnifique forêt, si elle n'était pas protégée providentiellement par cette colline de la Cayre, n'existerait pas car ses arbres majestueux auraient tôt fait d'être déracinés sous la violence du Mistral. Il n'en va pas de même avec le vent d'Est qui souffle parfois, lui aussi, en tempête et cause toujours un certain nombre de dégâts.

2 - Providentiel aussi l'ensoleillement !

La grotte de la Madeleine n'est heureusement pas dirigée vers le plein Nord. Elle est orientée Nord-Nord-Ouest, ce qui permet à ses résidents d'avoir un peu de soleil l'après-midi pendant six mois de l'année.

Durant tout le mois de juin et de juillet, quel plaisir et quel moment intense de prière en assistant à de sublimes couchers de soleil sur la chaîne des Alpilles. Et pour la saint Jean-Baptiste, le Créateur nous fait le beau cadeau, comme une tendre caresse, d'envoyer sur l'autel de la grotte le dernier faisceau lumineux et chaleureux du soleil couchant.

Et le matin que se passe-t-il ? L'astre du jour est derrière la montagne mais du haut de mon belvédère, je vois la brume se lever peu à peu sur le plateau avant que la lumière éclatante et la chaleur bénéfique n'inondent les bâtiments de l'hôtellerie et ses champs alentour. Alors là, surprise ! Vers 10h., je peux constater avec stupéfaction que l'ombre portée par la montagne du saint Pilon correspond exactement aux limites naturelles de la forêt relictuelle. Je peux même distinguer, en ombre portée près du jardin des Pères, la petite chapelle commémorant la montée, 7 fois par jour, de la Madeleine sur la crête au-dessus de sa grotte.

3 - Et la température ?

Dans la grotte de la Madeleine, elle est constante : il y fait 12° été comme hiver. Pour la messe de minuit, le 24 décembre, tout le monde rassemblé (700 personnes) pour fêter, comme les bergers de Bethléem, l'Enfant-Dieu, ressent une douce impression de chaleur. Par contre l'été, c'est plutôt une sensation de frigidaire. Même en plein mois d'août, des panneaux invitent les touristes à enfiler un lainage. Insouciants et se croyant encore sur les plages du littoral, la plupart pénètre pourtant dans la grotte à moitié nus. Outre qu'une telle tenue n'est pas très convenable pour un sanctuaire, ces pèlerins inattentionnés risquent d'attraper un bon rhume !

On me dit souvent : « Que vous deviez avoir froid l'hiver ! Que faisiez-vous ? Restiez-vous à la grotte ? » Bien sûr que je restais à la grotte et, chose curieuse, il y faisait moins froid que sur le plateau, que je découvrais tous les matins du haut de mon perchoir, recouvert d'un manteau de givre. En bas, au lever du jour, le thermomètre descendait souvent au-dessous de zéro et avoisinait même les -10°. Ici, à la grotte, il était très rare qu'il gèle dans la nuit ou au petit matin. Par contre, dans la journée, le thermomètre de l'Esplanade ne marquait guère plus de 5 à 10° alors qu'à l'hôtellerie, il montait jusqu'à +20°. Comment expliquer un tel phénomène ? C'est là qu'il faudrait consulter les savants qui nous expliqueraient, je pense, que la température est toujours la plus froide au sol au petit matin par un phénomène d'inversion. En hauteur, à la grotte, il n'en allait pas de même, d'autant que la falaise conservait toujours une certaine chaleur qu'elle avait pu emmagasiner au cours de la journée.

En restant dans ce chapitre sur la température à la grotte de la Sainte Baume, je me dois maintenant de parler de « la neige ». En année normale, nous en avions toujours deux ou trois chutes pendant les mois de janvier et de février. Mais par les temps qui courent, existe-t-il encore des années « normales »? L'année 1999, il est tombé à la Sainte Baume 30 à 40 cm à la fin du mois de novembre. Il n'est pas rare non plus que nous célébrions le rite du feu nouveau pascal dans un tourbillon de flocons de neige. Il y a aussi parfois des chutes de neige au mois de mai et même en juin ! Mais revenons aux années normales où il pouvait tomber en janvier ou en février 30 à 40 cm de neige. Je me souviens d'une année où nous avons eu plus de 60 cm de neige sur l'esplanade. Et, exceptionnellement, cette épaisse couche, nous l'avons gardée plus d'un mois. J'étais alors complètement bloqué dans mon ermitage. C'était l'année où il avait tant neigé dans le midi de la France et où une grande multitude d'automobilistes resta bloquée sur les autoroutes, complètement transie de froid.

Des amis attentionnés me téléphonaient de toute part, pensant qu'isolé sur mon rocher, j'étais alors dans la plus grande détresse. Heureusement il n'en était rien car, comme les vierges prudentes de l'évangile, mes prédécesseurs à la grotte avaient, depuis longtemps, tout prévu : chaudière mixte au bois et au mazout, deux congélateurs, groupe électrogène... On pouvait tenir le siège pendant plus d'un mois !

Le seul handicap était que j'étais sérieusement bloqué : la neige se transformait rapidement en glace sous le piétinement des milliers de Marseillais accourus à la Sainte Baume pour bénéficier, si près de chez eux, des joies de la neige. Alors, pour descendre à l'hôtellerie, il me fallait chausser non pas des « raquettes » mais des crampons à glace.

Quant à la forêt de la Madeleine, elle ne se plaignait pas : elle se reposait très paisiblement sous cet épais manteau blanc qui lui donnait une nouvelle beauté !

4 - La pluie et les orages - Les gouffres et les sources.

Les orages sont évidemment très violents à la grotte de la Sainte Baume. Bêtes et gens, nous étions tous terrifiés. Tandis que le chien et le chat se terraient sous les lits ou sous quelque meuble, nous les humains, nous prenions le plus grand soin de nous tenir éloignés des prises de courant électrique d'où sortaient, à chaque éclair, des jets d'étincelles de près d'un mètre de longueur. Et pourtant le disjoncteur du compteur électrique avait sauté de lui-même depuis longtemps. Seule la religieuse qui vivait avec nous restait paisible. Elle se réjouissait même du grandiose spectacle tonitruant qui s'offrait à nos yeux et à nos oreilles. Elle s'approchait de la fenêtre pour s'extasier devant l'embrasement extraordinaire qui nous encerclait de tous côtés. C'est vrai ! le spectacle était grandiose car la plupart du temps, nous étions au-dessus de ces orages qui parcouraient la plaine. Bien sûr, c'était encore plus beau la nuit, comme si le Créateur nous offrait aux premières loges le plus grand des feux d'artifices.

Comme tous les orages, ceux de la Sainte Baume étaient évidemment subits. On ne pouvait guère les prévoir qu'une heure ou une demi-heure auparavant. Que de pèlerins ou visiteurs, inconscients et imprudents, se laissaient surprendre. Comme si leurs animateurs le faisaient exprès, il y avait toujours à ce moment-là un ou deux groupes de gamins, très jeunes et évidemment mal équipés : shorts, sandales et petites chemisettes ! Beaucoup allaient se réfugier dans la grotte même de la Madeleine jusqu'au jour où la soeur et moi avons vu la foudre tomber près de l'autel du St-Sacrement. Ce qui montrerait qu'il doit y avoir en cet endroit de la grotte un boyau inconnu de nous qui monterait jusqu'à l'air libre au sommet de la montagne. A partir de ce jour, il nous a fallu interdire l'accès à la grotte par temps d'orage. Vouloir, en cette occasion, se régugier dans une grotte est un réflexe naturel mais c'est une grave erreur. Il y a quelques années, un homme s'est ainsi fait foudroyer alors qu'il avait pensé trouver refuge dans une grotte sur les crêtes.

A la Sainte Baume, en année normale, nous bénéficions d'une pluviométrie abondante. Il tombe par an près de 1000mm d'eau alors qu'à Marseille, il n'en tombe que 500 mm.

Pluies et orages viennent généralement du sud ou du sud-est. Il arrive souvent que nous voyons les nuages tomber et rouler depuis les crêtes comme s'il s'agissait d'avalanches. C'est un bien beau et impressionnant spectacle !

Le massif de la Sainte Baume est ainsi un immense réservoir d'eau qui n'est pas encore totalement connu, malgré les nombreuses années d'exploration spéléologique. La plupart des rivières de la Basse Provence y prennent leur source. De mémoire, je cite leurs noms : l'Huveaune, le Corin, le Gapeau, le Caramy, l'Argens et certainement d'autres encore. Les gouffres et les avens y sont très nombreux. Les deux plus connus sont sans doute la grotte de la Castelette où l'Huveaune prend naissance et le gouffre du Petit Cassien qui descend jusqu'à 300 mètres de profondeur. Mais c'est surtout le gouffre de Gaspard de Besse qui m'a toujours le plus intrigué. Ce gouffre a son entrée quelques dizaines de mètres au sud de la chapelle du St-Pilon. De père en fils, on se répète l'histoire de ce gouffre : à savoir que c'est là que le célèbre et bien sympathique bandit, nommé Gaspard de Besse, aurait trouvé refuge, quelques années avant la Révolution, alors qu'il était poursuivi par tous les gendarmes de la Provence. Certains disent même qu'il y aurait caché son trésor... Malheureusement, le dit gouffre est obstrué au bout d'une vingtaine de mètres de profondeur.

Par ailleurs, j'ai toujours entendu dire qu'il existait dans la grotte un conduit qui monterait directement jusqu'au St-Pilon. Etait-ce le gouffre de Gaspard de Besse ou un autre ? Et dans la grotte, où se situerait le départ de ce conduit ? Je ne l'ai jamais trouvé. On dit que le frère Paul, qui a résidé pendant 39 ans à la grotte, connaissait le passage. Malheureusement, il a emmené son secret avec lui dans la tombe.

Fr. Philippe Devoucoux, o.p.

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