Géologie de la Sainte Baume

LA SAINTE BAUME : Caractéristiques générales du massif

Le massif de la Sainte Baume est le plus important des plissements de basse Provence calcaire. A cheval sur les départements du Var et des Bouches-du-Rhône, il s'étend d'est en ouest sur environ 25 km et du nord au sud sur 13 km. Sa superficie est de plus de 3000 hectares.

Il est limité au nord par la vallée de l'Huveaune naissante et la Nationale 560 de Saint Zacharie à Tourves, à l'est par la route de Tourves à Méounes, au sud par la vallée du Gapeau, le plateau de Camp et le plan lacustre de Cuges, à l'ouest par la Nationale 96 et la vallée de l' Huveaune.

Le massif est donc bien délimité et surgit nettement des plaines et reliefs environnants par son développement altitudinal, celui-ci, du point le plus bas, près de Gémenos, 130 m d'altitude, offre un dénivellé de plus de 1000 m atteignant au Jouc de l'Aigle 1'148 m.

Comme la plupart des massifs montagneux de la région, la Sainte Baume fait partie des plissements pyrénéo-provençaux qui ont créé des môles tous orientés est-ouest et émergent des basses plaines provençales.

Géologiquement, ce massif apparaît à sa forme actuelle vers la fin de l'ère secondaire et le début de l'ère tertiaire. Dans son ensemble, il est composé de roche calcaire dont la couche urgonienne recouvre l'ensemble des crêtes sommitales. On observe cependant des secteurs localisés où la roche cristalline permet un substrat siliceux; d'autres sites encore sont de matériaux détritiques, gréseux ainsi que de conglomérat. Les structures profondes sont souvent marneuses en récupérant l'argile de la surface, les sols argileux occupent la plupart des plateaux et replats.

Les mouvements tectoniques et la perméabilité du sol ont donné naissance à un grand nombre de gouffres, d'avens et de grottes, parcourus par un important réseau hydraulique souterrain.

Enfin, deux sites volcaniques sont situés à l'est du massif.

L'altitude joue un rôle déterminant sur la température, sur la pluviométrie et sur l'enneigement. L'exposition et le relief sont également des facteurs climatiques agissant surtout sur l'humidité. Un seul ennemi ! le vent, celui qui assèche, en période estivale; le microclimat s'atténue, surtout quand la végétation est dégradée. Seule la forêt bien exploitée est un obstacle efficace. De trop grandes éclaircies détruisent les microclimats fragiles de notre région.

La plupart des forêts de type méditerranéen actuel se développent jusqu'à 600 m en versant nord et 800 m en versant sud; au-delà, une forêt plus humide de type pseudo-montagnard, s'observe sur les massifs suffisamment élevés comme la Sainte Baume. Les éléments floristiques qui composent cette végétation sont d'ailleurs déterminants.

Sur les parties hautes du massif, la pinède claire à pins sylvestres favorise la régénération de la forêt caducifoliée composée de tilleuls, d'érables et surtout de hêtres, cet ensemble dominant un sous-étage de houx et d'ifs ainsi que de nombreuses stations de sapins. Le chêne pubescent est encore présent, mais il laisse sa place vers 900 m d'altitude aux principaux éléments d'une forêt méditerranéo-montagnarde unique en basse Provence, que l'on se doit de préserver à tout prix.

Gilbert SALÈS

 

LA CHAINE de la Sainte-Baume, s'étirant sur 12 km, domine la Basse-Provence, avec une arête culminante de 1147 m au Signal des Béguines. Parmi ses autres sommets : le Baou de Bertagne à 1047 m, le Baou de Saint-Cassien à 1010 m, le Saint-Pilon à 999 m et le Jit de l'Aïgo à 1116 m.

Sa falaise déchiquetée et sa végétation spécifique ont de tous temps intéressé les gens du pays, les savants ou les voyageurs. Ici, l'éternité est tangible...

Le mot Baume (parfois aussi écrit Beaume) est un mot d'ancien provençal, «baoumo», qui signifie la grotte fréquentée par les hommes. La grotte qui est située sous le Saint-Pilon a été considérée comme sacrée depuis les temps les plus reculés. Le «Bon Roi» René d'Anjou fit précéder ce mot du titre de «Sainte», par vénération pour Marie-Madeleine. Par la suite, toute la chaîne prit ce nom, d'où l'appellation «La Sainte-Baume».

Jeunesse de la Sainte Baume

Nous trouvons ici tous les terrains calcaires de l'Ere secondaire, environ 200 millions d'années : Muschelkal, 215 millions d'années, Keuper 200, Réthien 180 etc..., ceinturés au nord et à l'ouest par l'Oligocène. La grotte de Marie-Madeleine est creusée dans le calcaire Urgonien, 135 millions, formant la paroi du Saint-Pilon. Pendant que se forme la roche, la mer recouvre toute la Provence. A la place de la Méditerranée existe un continent, la Tyrrhénide, qui sera progressivement nivelée. Les sables d'érosion vont se trouver entraînés dans les mers et formeront des bancs de roches de l'Estérel, les Maures, Hyères. Notre massif a été formé à partir de madrépores précorailliens. Ceux-ci ont un squelette calcaire, qui serait à l'origine du calcaire de la roche. Ils vivaient en colonies très denses. On en voit des traces nombreuses. Egalement on trouve beaucoup de Rudistes, fossilisés, spécialement des Hippurites, qui vivaient au Crétacé Supérieur. Avec la Tyrrhénide existaient d'autres terres émergées : le Plateau Ibérique, l'île Bético-Rifaine le Massif Central et le Massif Armoricain.

coupe de la ste baume Coupe de la Sainte-Baume dans sa partie centrale

A la fin du secondaire, au début du Tertiaire, des poussées très fortes lentement s'exercent qui font surgir la Sainte-Baume, en plis de calcaire secondaire d'orientation pyrénéenne : Est-Ouest. Plus tard les poussées Alpines vont se heurter à ce relief. Serait-ce à cette époque que le Massif de la Sainte Baume fut descellé de son socle? D'aucuns enseignent en effet, dit-on, que le massif s'est déplacé de 10 kms vers le nord. Puis un effondrement longitudinal de 300 à 400 m sur lequel des alluvions se sont déposées forme, à la cote 678, le Plan d'Aups (Plateau du Haut), bordé au nord par les Rocs de la Caïré, appelés les Adrets (côté du soleil) qui font partie de la montagne.

Enfin s'est opéré un repliement, désigné par l'appellation Série renversée. Cela nous a donné cette grande barre en forme de récif renversé devenue classique, qui constitue les 2/3 de la Crète, vers l'ouest. Il y aurait eu rupture à la charnière, et un certain glissement.

Cette triple action, les mouvements tectoniques l'accompagnant, l'érosion, sont à l'origine des nombreuses grottes du Massif (Ovale, aux Oeufs, aux Oiseaux, de Saint-Cassien, etc...) ainsi que son hydrologie. Tout un système de siphons naturels à travers des terrains imperméables a fait de la Sainte Baume un véritable château d'eau gigantesque. Il alimente les villages reposant au pied de la chaîne et donne naissance à l'Huveaune, née, dit-on des pleurs de Marie-Madeleine. Les monstres préhistoriques, mesurant jusqu'à 25m, apparurent. On a trouvé des oeufs de dinosaures au bas de La Sainte Victoire. Le climat chaud et humide permit l'apparition d'une flore tropicale, témoins les fossiles de feuilles de palmiers.

Pour terminer le survol trop sommaire, notons la présence d'une immense réserve d'eau souterraine entre notre massif et La Sainte Victoire, vestige d'un ancien lac entre Brignoles et l'Etang de Berre. Il existe actuellement de gigantesques poussées de plaques rocheuses, des glissements, des tensions telluriques qui provoquent l'échauffement des eaux. Si l'on ajoute une action géochimique, nous avons l'explication des célèbres sources thermales d'Aix-en-Provence.

HISTOIRE DE LA MONTAGNE

Le massif de la Sainte-Baume s'est formé à l'époque tertiaire, à partir d'un événement fondamental : il y a 37 millions d'années (à la fin de la période éocène), une poussée brutale de l'écorce terrestre déchirait et déplaçait vers le nord, sur plusieurs kilomètres, de grandes masses rocheuses qui se trouvaient au sud du massif actuel : c'est la phase tangentielle pyrénéo-provençale des géologues. Ces masses rocheuses, de plusieurs centaines de mètres d'épaisseur, très rigides, ont en quelque sorte raboté dans leur mouvement le relief sous-jacent, lui arrachant des copeaux à qui l'on a donné le nom d'écailles. La haute chaîne, entre Bartagne et Saint-Cassien est l'une de ces écailles, désolidarisée de sa base et basculée vers le nord par leur passage. Les masses rocheuses déplacées par la phase tangentielle ont pour la plupart été détruites par l'érosion. Il reste cependant quelques témoins qui forment à l'ouest du massif le Plan-des-Vaches, Bassan et le Brigou, ainsi que de petites collines autour de la Lare ; s'y rattachent également, la colline du Vieux-Nans et probablement le rocher d'Orgnon, à Saint-Zacharie.

Plusieurs mouvements verticaux de l'écorce terrestre vont ensuite se succéder à des millions d'années d'intervalle, pour mettre en place le massif actuel. C'est d'abord le plissement anticlinal de la Lare qui va fracturer les terrains alentour. Puis a lieu à l'oligocène (30 millions d'années environ avant notre ère), le premier soulèvement véritable de la montagne. Celui-ci se fera à partir des lignes de faiblesse que constituent certaines fractures autour de la Lare ; le rebord septentrional du plateau Plan-d'Aups-Saint-Cassien correspond à la partie soulevée de la « faille du Plan-d'Aups » et de ses prolongements.

Un second soulèvement porta la montagne à son altitude actuelle, 20 millions d'années plus tard (à la fin de la période miocène), tandis que s'érigeaient d'autres massifs montagneux de la région (Sainte-Victoire). Ce dernier mouvement s'accompagna d'une fracturation importante de la partie sud du massif, entre Cuges et Signes.

LES ROCHES

Les roches affleurantes sont très variées en raison de la complexité structurale de la montagne. Les plus anciennes datent du Trias (225 millions d'années) et presque tous les âges géologiques sont ensuite représentés jusqu'au Crétacé supérieur (65 millions d'années), date du retrait définitif de la mer de la région. Toutefois, on pourra observer localement des roches travertineuses (ou tufs) beaucoup plus récentes, formées par la précipitation du carbonate de calcium, contenu dans l'eau des sources.

Au Trias se sont déposés des calcaires et du gypse dans une mer calme et peu profonde. Les calcaires sont durs, presque noirs et bien stratifiés (calcaire du Muschelkalk). Ils affleurent surtout entre Auriol et Roquevaire. C'est aussi dans cette région que l'on exploite le gypse depuis la fin du siècle dernier, pour la fabrication du plâtre. La période du Trias s'achève avec des dépôts argileux. Une activité volcanique se manifeste à Rougiers et forme au NW du village, le volcan basaltique de Poutagier ou Poutagnier (le puits à feu).

La période jurassique succède au Trias. Elle débute par des calcaires gris-clairs, dit « hettangiens », dont la propriété est de se casser en petits parallélépipèdes et de renfermer des lits argileux verdâtres. Cette roche est largement répandue au SE du massif, de Riboux à Mazaugues.

Elle est surmontée par un autre type de calcaire de couleur brun-roux, à la cassure gris-bleuté, qui renferme des rognons de silex (chailles) et livre de nombreux fossiles. Ce calcaire affleure notamment au nord du Plan-d'Aups, dans la haute vallée du Fauge, à la base du versant sud de la haute chaîne, au nord de Signes entre la source du Raby et Pédimbert et à Mazaugues où il forme une bande étroite sur le versant septentrional de l'Agnis.

Soixante et dix millions d'années se sont ainsi écoulées, entre le début du Trias et le milieu de la période jurassique qui se caractérise par une mer plus profonde. Dans celle-ci vont s'accumuler des calcaires marneux sur une épaisseur de 400 m environ. Ce sont des roches beiges, à la cassure gris-bleuté, qui se débitent en plaques d'épaisseur irrégulière.

Elles forment les grands versants inclinés sous les falaises du Plan-des-Vaches, de Bassan et des Barres-Saint-Martin. Au nord de Cuges, elles sont profondément entaillées par les vallons de Sainte-Madeleine et de la Serre. Leur importance en hydrologie est grande, car leur imperméabilité bloque l'infiltration des eaux et favorise la formation de nappes aquifères. Des roches très différentes succèdent aux marno-calcaires ; d'abord des calcaires massifs, très durs, de couleur « café-au-lait » à la cassure (calcaires kimméridgiens), qui constituent les beaux abrupts de Bassan et des Barres-Saint-Martin ; puis des roches poreuses, caverneuses, riches en magnésium, issues d'un processus chimique complexe, la dolomitisation. Les dolomies sont présentes un peu partout : sur la Lare et ses prolongements orientaux ; au pied du versant septentrional du plateau du Plan-d'Aups, jusqu'à Mazaugues ; dans les collines de Gémenos et au Brigou ; sur le versant sud de la haute chaîne; à la Tête-de-Masson etc. La période jurassique s'achève par des calcaires durs qui forment entre autres les corniches des ravins des Infernets et des Encanaux, à l'ouest de la Lare.

Une nouvelle période dite Crétacé commence à 135 millions d'années de notre ère, avec une mer moins profonde, attestée par la présence dans les nouvelles roches d'innombrables squelettes d'animaux marins de haut-fonds. Les calcaires urgoniens sont les plus représentatifs de cette période. Très durs, ils constituent la crête de la haute chaîne et les reliefs qui entourent le village de Gémenos. Les fonds marins vont continuer à se soulever au point d'émerger localement et de créer un petit territoire : « l'isthme durancien », il y a de cela 100 millions d'années environ. Le climat y est chaud, tropical, favorable à la formation de sols rouges qui se transformeront par la suite en bauxite. Celle-ci a été exploitée à Mazaugues jusqu'à une époque très récente. La mer submergera de nouveau ces terres, mais restera peu profonde, chaude et claire, propice au développement des populations de coraux. A leur mort, ces organismes constitueront les roches bio-détritiques de la fin de la période crétacé (calcaires sénoniens) qui affleurent sur le plateau du Plan-d'Aups et jusqu'à Mazaugues. Elles seront les dernières à se former en milieu marin, car la mer va se retirer cette fois définitivement de la région et laisser la place à des lacs et des marécages. Dans ces eaux pauvres en oxygène, s'élaboreront des charbons - des lignites - qui seront intensément exploités en de nombreux points du massif.

Tandis que le relief de la Sainte-Baume se met progressivement en place, des argiles vont s'accumuler en grande quantité dans les vallées primitives. Elles seront un matériau de choix pour la fabrication de la céramique, dans les villages d'Auriol et de Saint-Zacharie notamment.

LES FOSSILES

Trois époques géologiques livrent des fossiles en abondance. La plus ancienne est celle du Jurassique inférieur (Lias) qui correspond à la formation des calcaires brun-roux, à rognons de silex. On recueillera sur les affleurements :

Cette faune du Lias peut se récolter sur le versant sud du col de l'Espigoulier, de part et d'autre de la route ; à l'ouest de Riboux, dans le secteur de la colline cotée 602 m ; au sud de Mazaugues, sous la tête du Baù ; au nord du Plan-d'Aups et jusqu'à Peyruis, en particulier sur la colline cotée 501 m.

La seconde époque correspond au Jurassique moyen, avec la formation des marno-calcaires. Cette période, connue sous le nom de Dogger est divisée en deux étages : l'inférieur ou bajocien, le supérieur ou bathonien. Les fossiles recueillis dans ces faciès sont pour l'immense majorité des ammonites et c'est l'étage bajocien qui est le plus riche. Les céphalopodes ammonoïdés ont totalement disparu de nos jours. Ces animaux marins avaient la particularité de pouvoir évoluer aussi bien à la surface qu'au fond de la mer, grâce à un petit tube enroulé dans la coquille, qu'ils remplissaient d'eau à volonté. La taille des coquilles varie selon les espèces, de quelques millimètres à plus d'un mètre ; leur forme et leur ornementation sont extrêmement diversifiées.

Les ammonites que l'on trouve le plus couramment sont les suivantes :

Les secteurs fossilifères sont situés au nord du village du Plan-d'Aups ; sur le versant nord du col de l'Espigoulier ; au sud et à l'ouest de Riboux, dans le vallon de la Serre ; à l'est de Mazaugues, au-delà du col de Caucadis.

La troisième époque est celle de l'achèvement de la sédimentation marine, il y a 65 millions d'années. Elle est riche d'une faune récifale.

Sur les affleurements pullulent :

La vaste étendue des affleurements, entre le Plan-d'Aups et Mazaugues permet une large récolte de ces fossiles. Toutefois, c'est dans la partie orientale du massif et plus particulièrement à Fontfrège qu'ils sont le mieux représentés.

D'autres fossiles appartenant à des époques géologiques différentes peuvent être récoltés sur des affleurements plus réduits. On peut citer parmi ceux-ci, les calcaires valanginiens situés à l'ouest du Jouc-de-l'Aigle, les calcaires aptiens de la vallée de Saint-Pons et les calcaires campaniens de la Brasque, au Plan-d'Aups.

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