N°23 Mars 2004

Sainte Baume

Courrier Dominicain réalisé par La Fraternité Sainte Marie Madeleine

« Laïcité et Fraternité »

On sait par la Tradition que Marie Madeleine prêchait au peuple de Marseille sur le parvis du temple d'Artémis. On sait également que, quelques temps après, elle monta à la Sainte Baume comme le faisaient déjà beaucoup de Marseillais. Vingt siècles après, les habitants de la grande ville phocéenne continuent à grimper sur cette si étrange montagne provençale. Que viennent-ils y chercher ? de l'air pur ? une détente ou du réconfort ? une réponse à leur quête religieuse souvent inconsciente ? C'est tout cela à la fois.

Savez-vous, chers amis, que le mot français « laïc », si à la mode en ce moment, vient d'un terme grec (laïcos) qui signifie tout simplement le « peuple ».Alors oui, à ce titre là, la Sainte Baume est bien un « lieu laïc » par excellence, du fait qu'elle a vocation par sa nature à accueillir non seulement le « peuple » de Marseille et les seuls chrétiens, mais tous les peuples dans la richesse de leurs différences culturelles et surtout « spirituelles ».

Sur cette montagne et dans cette forêt si originale, Marie Madeleine a pris le relais de la déesse Artémis, pour nous conduire, qui que nous soyons, à la seule et plénière Source de la Vie : Jésus le Ressuscité. En lui, nous pouvons enfin nous reconnaître « frères » dans la diversité - parfois malheureusement dans l'opposition - de la couleur de notre peau et de nos origines. Tel est bien toujours le but (laïc et fraternel) de notre « Fraternité sainte Marie Madeleine » ainsi défini dans le premier paragraphe de nos statuts : « un lien d'amitié entre tous ceux et celles qui viennent chercher à la Sainte Baume lumière et réconfort auprès de Marie Madeleine. »

A tous et à toutes, bonne fête de Pâques !

Frère Philippe

N°24 Juin 2004

Sainte Baume

Courrier Dominicain réalisé par La Fraternité Sainte Marie Madeleine

La croisade des « Bien-Pensants ».

On reparle beaucoup de « croisade » en ce moment dans les pays du Moyen Orient ! On aurait pu penser que le temps des croisades était révolu. Et pourtant il n'en est rien. Le monde occidental, que l'on dit chrétien, est reparti en croisade contre le monde musulman que l'on dit « fondamentaliste » et « terroriste ». Une « croisade » se fait toujours au nom d'une idéologie que l'on voudrait « universelle » pour ne pas dire « mondialiste ». Seul le monde occidental serait porteur des vraies valeurs humaines. Et au nom de ces valeurs on envoie des armées multinationales, on bombarde, on tue, on affame, on construit des murs et on rase des habitations !

Saint François d'Assise et saint Louis, qui avaient accompagné ou dirigé des croisades, disaient déjà l'un et l'autre qu'il fallait d'abord convertir les Croisés avant de vouloir convertir les « Sarrasins ». Comme les Croisés d'antan, les Croisés d'aujourd'hui pensent être les seuls « bien pensants » du monde. Autant par la violence que par la persuasion ils veulent imposer leur « bonne pensée », toujours jugée « politiquement correcte ». Et pourtant ?

Oui « et pourtant ! ». Sommes nous donc si persuadés que cela de vivre dans le meilleur des mondes, auquel doivent se rallier tous les hommes et toutes les femmes de l'humanité ? Personnellement je ne le pense pas quand on me rapporte, par exemple, que le mariage, fondement de la famille, peut être homosexuel ou hétérosexuel. On m'a dit également que des femmes célibataires bien de chez nous vont se faire inséminer aux Etats Unis en choisissant sur catalogue l'homme dont on leur injectera la semence de vie ! A longueur de temps, on est « matraqué » par la publicité de consommation ou des jeux qui maintenant nous tiennent lieu de formation culturelle ou spirituelle.

Les petits oiseaux, les fleurs, les arbres, l'eau pure… c'est bien. Mais à quand donc un mouvement écologique qui prendra soin de l'environnement psychique et spirituel de notre âme ?

Croisés d'aujourd'hui, réveillons-nous ! convertissons-nous ! Ne répandons pas la mort du corps et de l'âme, mais la vie pleine d'amour, de tendresse et de respect de l'autre.

Frère Philippe

N°26 Décembre 2004

Sainte Baume

Courrier Dominicain réalisé par La Fraternité Sainte Marie Madeleine

Qui est qui ?

Dieu ou Satan ? Axe du Bien ou Axe du Mal ? Terroristes ou Résistants ? Laïcité, Fondamentalisme, Intégrisme, Nationalisme, Fascisme, Islamisme, Croisades !...

En cette année 2004, les « anathèmes » pleuvent de tous les côtés. On parle alors de « nettoyages » et de « libérations »! Les médias occidentaux sont ainsi restés très discrets sur les 1200 morts qu'on a « nettoyés » et dénombrés dans la prise par les forces de la « coalition » de la ville « terroriste » (ou plutôt « martyre ») de Falloudja. En Irak, l'Afganistan, la Palestine et maintenant la Côte d'Ivoire, autant de points de notre planète où l'on ne sait plus trop bien qui est qui : terroristes, résistants, libérateurs, gendarmes, croisés, colons ?

La main sur le coeur, on nous parle alors d'un miraculeux « retour du religieux ». Mais s'agit-il du retour de Yahvé Sabaoth le dieu des armées, à l'encontre de ce Dieu Crucifié, doux et humble de coeur, manifestant en son fils Jésus-Christ son amour universel pour tous les hommes, ses enfants, les bons et les méchants, les croyants et les incroyants, les chrétiens, les juifs et les musulmans ?

Pour nous qui nous confessons « chrétiens », notre seul et unique Dieu est bien Celui manifesté en son Fils Jésus-Christ. « Qui utilisera le glaive périra par le glaive! » nous dit Jésus. « Ne craignez rien de ceux qui tuent le corps mais ne sauraient tuer l'âme. Craignez plutôt celui qui peut perdre dans la géhenne à la fois l'âme et le corps » (Math. 10,28)

Luc 17,22-37 : « Viendront des jours où vous désirerez voir un seul des jours du Fils de l'Homme et ne le verrez pas. Et ils vous diront: « Le voici là; le voici ici! » « Ne vous en allez pas et ne le poursuivez pas »

Restez vigilants et prudents. Le royaume de Dieu est « au dedans de vous ». Telle était la « bonne part de Marie Madeleine » dont on nous dit qu'elle ne lui sera pas enlevée. Telle aussi, en ces jours ténébreux, doit être notre seule « bonne part » !

« Heureux les artisans de Paix, ils sont appelés Fils de Dieu »

Bonne et douce fête de Noël

Frère Philippe

N°27 Mars 2005

Sainte Baume

Courrier Dominicain réalisé par La Fraternité Sainte Marie Madeleine

« Garde le bon dépôt »
(Saint Paul à Timothée)

Quand je faisais mon service militaire en Avignon, il nous était donné très souvent de traverser l'île de la Barthelasse pour accéder sur l'autre rive du Rhône à Villeneuve-les-Avignons. Cette grande île est réputée pour la richesse de son sol du fait que chaque année elle est inondée par le Rhône qui y dépose alors un abondant et fertile limon propice à des cultures de toutes sortes.

Il en va de même pour chacun d'entre nous. Avec le temps, et selon la formation qu'il nous a été donné de recevoir, notre âme s'est enrichie de diverses et nombreuses couches de «sédiments» qui devraient alors composer « l'humus » dans lequel notre être et notre agir trouveront la croissance et la fertilité. Nous ne sommes en vérité que ce que notre environnement social et culturel nous a faits. Il importe alors que le fleuve qui inonde notre âme et que les limons qu'il y dépose soient bons et non pas « pollués ».

Timothée, le disciple bien aimé de Paul, a eu le bonheur et la grâce d'être bien irrigué par le fleuve de l'évangile de Jésus Christ, divulgué par l'apôtre des gentils. Ce fleuve a déposé en son âme de nombreux sédiments et limons d'où il doit s'employer à faire croître avec le secours de la grâce divine les meilleurs fruits. Telle est la dernière et solennelle adjuration de Paul à son jeune fils spirituel : « O Timothée, garde le bon dépôt. Evite les discours creux et impies, les objections d'une pseudo-science. Pour l'avoir professée, certains se sont écartés de la foi. La grâce soit avec vous » (I Tim. 6,20).

En ces temps difficiles où le fleuve de l'évangile de Jésus Christ semble être tari, je ne puis que vous inviter à relire les deux merveilleuses lettres que Paul écrit à Timothée et à faire vôtre son adjuration affectueuse et amicale.

Bonnes Fêtes de Pâques.

Frère Philippe

N°28 - Juin 2005

Sainte Baume

Courrier Dominicain réalisé par La Fraternité Sainte Marie Madeleine

Ni Pompée, ni César !

En 49 avant Jésus Christ, Jules César « avait franchi le Rubicon » en déclarant la guerre à son compétiteur Pompée et devenir le seul empereur romain régnant sur tout l'Occident et le bassin Méditerranéen. Alors qu'à la tête de ses troupes il se rendait en Espagne pour affronter et vaincre son ennemi, il jugea bon de faire un crochet par Marseille pour ne faire qu'une bouchée de pain de cette petite république grecque. Le renom de celle-ci était alors grand quant à la réussite de son commerce maritime et le niveau de sa vie intellectuelle et culturelle. Marseille était prospère grâce à la valeur et au travail de ses citoyens. Elle ne souhaitait que la paix. Mais le conquérant, obéissant déjà à ce fameux principe de « la guerre préventive » (remis ces temps-ci au goût du jour), décida d'aller anéantir Marseille afin de s'emparer de ses richesses et de l'annexer à l'Empire dont il allait devenir le chef unique.

Les Marseillais, jaloux de leur autonomie et de leur liberté, décidèrent d'envoyer au devant du dictateur, près de Nice, une délégation de ses jeunes citoyens afin de parlementer avec lui et trouver une solution négociée. Mais César ne voulut rien savoir prétextant que la petite république phocéenne représentait un danger pour la paix dans le monde (On connaît la chanson !). Il y eut donc la guerre pendant près de six mois où les Marseillais se montrèrent valeureux et courageux. Il y eut beaucoup de morts dans les deux camps et les remparts de la ville furent rasés.

D'après le poète Lucain, qui nous raconte cette guerre dans son ouvrage « La Pharsale », César lui-même serait monté à la Sainte Baume pour abattre les grands et beaux arbres de la forêt d'Artémis afin de confectionner les engins de guerre dont il avait besoin.

D'après notre belle Tradition de Provence, Marie Madeleine serait venue et aurait séjourné quelques années dans la cité phocéenne même pas cent ans après que César l'eut anéantie. C'est dire qu'elle a pu constater chez ses auditeurs et amis cette blessure jamais cicatrisée dans leur cœur et leur âme. A ces grecs de Marseille, il ne fallut plus, pour longtemps, leur parler des Romains ! On les comprend !

A l'heure où j'écris ces lignes (Jeudi 26 mai), on se bat dans les villes et les villages de notre pays, dans les entreprises et jusque dans les familles pour un « oui » ou pour un « non ». La séduction de construire à nouveau un grand empire est à notre porte. Toujours plus riche ! toujours plus fort ! afin de faire face aux autres « grands méchants » de ce monde ! Soyons donc vigilants et prudents. Il est bien possible que nous ayons une leçon de sagesse et de courage à tirer de nos ancêtres Marseillais !

Fr. Philippe Devoucoux

N°29 - Septembre 2005

Sainte Baume

Courrier Dominicain réalisé par La Fraternité Sainte Marie Madeleine

Mes amis, les Arbres ;

Depuis un certain nombre d'années, j'ai pris l'habitude d'aller marcher en forêt dès le lever du jour. il y a le silence, la fraîcheur et une grande pureté. Seul, je traverse alors toute le forêt depuis le chemin des Rois jusqu'à la fontaine de Saint-Zacharie.

J'emprunte ainsi un chemin que je me suis approprié et où je connaîs à peu près tous les arbres, toutes les plantes et toutes les fleurs. Tout est calme et silencieux. Seul le pépiement des oiseaux charme mes oreilles et berce mon âme. J'ai alors un immense plaisir et une joie profonde à m'associer, en guise de prière du matin, à la louange de toute la création.

Au début, j'étais très intimidé car je sentais le regard interrogateur et méfiant de tous ces « messieurs » les arbres postés comme des « chevaliers » le long de ce sentier forestier. Je me rappelais ce que m'avait dit un jour Christian, le garde forestier : « La Forêt de la Sainte Baume, il faut l'apprivoiser ! » C'est bien vrai : tous ces chênes et ces hêtres, plusieurs fois centenaires, tous ces ifs dont on dit que certains sont millénaires, ils sont tout d'abord terrifiants et, comme le dit le poète Lucain, « leurs ombres glacées frappent de stupeur ».

Mais maintenant, à force de persévérance et surtout de fidélité, les choses ont bien changé. Ils se sont habitués à moi, devenant plus accueillants et protecteurs. Je les sens souriants et même bavards. Peut-être un jour arrivera-t-on à les équiper chacun d'un « portable » afin que je puisse les entendre et comprendre ce qu'ils veulent me dire. Ils en auraient des choses merveilleuses à me raconter !

Des milliers de pèlerins et visiteurs sont passés devant eux, depuis des siècles, murmurant quelque prière d'action de grâce ou de demande. Mes amis les arbres me parleraient de tant et de tant d'êtres qui me sont chers : en tête évidemment Marie Madeleine, et tant d'autres saints comme Jean Cassien, le roi saint Louis, le jeune Louis de Brignoles puis le frère Elie, Catherine de Sienne, Benoît Labre, Charles de Foucauld. Il y aurait aussi ces prestigieux rois de France comme Louis XI, François 1er, le jeune Louis XIV et sa mère Anne d'Autriche…

Mais ils me confieraient également leur terreur lorsqu'ils ont vu arriver Barras, Fréron et le Maréchal Brune. Ils ne craignent plus maintenant la hache de César. Par contre, c'est un « hallali » général dans toute la forêt lorsque débarquent les bûcherons modernes munis de leurs terribles « tronçonneuses ».

Tandis que je poursuis ma marche si pacifiante au milieu de mes amis les arbres, je ne puis m'empêcher de penser à mes contemporains, mes frères, qui, à la même heure, battent le macadam et le béton des mégapoles engorgées, polluées, bruyantes pour se rendre sans enthousiasme à leur travail. Pourquoi en est-il donc ainsi ? Ne serait-il pas temps de mobiliser ingénieurs, techniciens, urbanistes et chercheurs pour rendre à l'homme d'aujourd'hui l'environnement naturel, et donc spirituel, dont il a véritablement besoin ?

Frère Philippe

N°30 - Décembre 2005

Sainte Baume

Courrier Dominicain réalisé par La Fraternité Sainte Marie Madeleine

Jésus et « la Racaille »

On est à l'automne de l'an 29, quelques mois seulement avant l'arrestation et la condamnation à mort de Jésus. A Jérusalem on célèbre joyeusement la grande Fête des Tentes qui marque la fin des récoltes. Des juifs, et même des grecs, sont venus très nombreux de toutes les villes du bassin méditerranéen, y compris de Marseille. Contrairement à ce que lui avaient recommandé certains de ses frères et apôtres, Jésus est venu très discrètement pour se mêler à la foule des pèlerins... Néanmoins tout le monde le cherchait et il fut vite repéré. On se divisait sur son sujet. Les uns proclamaient qu'il était le Christ, d'autres qu'il n'était qu'un illuminé dangereux pour l'ordre établi. Les grands prêtres du Temple et les Pharisiens avaient envoyé des gardes pour l'arrêter. Mais ceux-ci étaient revenus bredouilles. « Pourquoi ne l'avez-vous pas amené ? » demandèrent brutalement les autorités aux gardes. Ceux-ci répondirent naïvement: « Jamais homme n'a parlé comme cet homme! ». Furieux, les pharisiens leur répliquèrent : « Vous vous y êtes donc laissé prendre, vous aussi ! Est-il un seul des notables qui ait cru en lui ou un seul des Pharisiens ? Mais cette « racaille » qui ignore la Loi, ce sont des maudits. » (Jo 7,40-49 Bible de Jérusalem)

La « racaille » ! Ça y est le grand mot est lâché. Tous ceux et celles qui admirent et suivent Jésus, ne sont, pour les grands prêtres et les pharisiens, que de la « racaille ». Ne sont-ils pas d'ailleurs de basse condition, sans emploi, sans ressources, grouillant dans les banlieues des villes saintes et honnêtes d'Israël ? « Ils ignorent la Loi et ce sont des maudits ! »

Ce terme de « racaille » a été repris récemment et sans complexe par notre ministre de l'Intérieur pour désigner une grande partie de la population de nos banlieues. Ce terme est vraiment très fort, et il valait la peine que j'aille voir la définition qu'en donne le dictionnaire « Le Robert ». Alors, avec stupeur, j'ai lu les deux définitions suivantes :  « Racaille », c'est la partie la plus vile de la populace. « Terme très injurieux servant à désigner des personnes méprisables, considérés comme le rebut de la société ».

Et Jésus, notre Seigneur et notre Dieu, comment se situe-t-il là-dedans ? Comme le dit le prophète: « objet de mépris et rebut de l'humanité, homme de douleurs et connu de la souffrance, il a été mis au rang des assassins ». Crucifié dans la banlieue de Jérusalem, il eut pour compagnons dans son supplice deux larrons qui s'étaient fait piéger et arrêter dans une émeute populaire où il y avait eu un meurtre.

Certes ces deux larrons n'étaient pas des petits saints et le plus jeune des deux reconnaît qu'en retour de son acte de délinquance il reçoit la juste punition de ce qu'il a fait. Et pourtant c'est lui qui va manifester le plus de compassion, d'amitié et de confiance à l'égard de Jésus qui meurt à côté de lui dans d'atroces souffrances alors qu'il n'a rien fait de « malhonnête ». Dans ce monde si triste et si cruel, le jeune larron n'a plus que Jésus le Juste vers qui tourner sa confiance et son amitié: « Jésus, mon doux et tendre Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton royaume ». Admirables paroles d'un adolescent délinquant qui sont alors, aux derniers instants de sa vie terrestre, comme un baume dans le cœur de Notre Seigneur. Avec encore un sourire de bienveillance et d'amour, il lui déclare aussitôt: « En vérité, je te le dis, aujourd'hui avec moi tu seras dans le Paradis ». Et c'est ainsi que le premier citoyen du Royaume des Cieux inauguré par Jésus-Christ est un jeune délinquant, basané sans doute, des bas quartiers de Jérusalem !

Il est bien évident que, dans la dernière révolte de nos banlieues, on ne peut pas appeler bonnes des actions qui ont causé de grands torts à d'autres pauvres gens des cités qui n'ont plus eu que leurs yeux pour pleurer! Mais, sans vouloir excuser des actes très répréhensibles, il serait temps de s'interroger sur ce qu'ils signifient. On dit et on croit généralement qu'ils sont les effets d'une ségrégation dans le logement, du racisme, du chômage, de la dislocation des familles, de la démission des parents et des éducateurs... Alors on pense qu'on va enfin soigner le mal en injectant plus d'argent dans les structures de ces banlieues. Non! le mal est beaucoup plus profond. Le mépris, le non-amour, l'indifférence ne se rachèteront pas à coup d'argent. Il s'agit en fait d'un appel pressant à la conversion de nos sociétés et de nous tous qui les animons dans une course effrénée à toujours plus de plaisirs égoïstes et de consommations matérielles. La révolte des banlieues, c'est la révolte « des oubliés de l'Amour ! »

Tournons donc notre regard vers Jésus, Notre Seigneur, et ses véritables et fidèles amis : des bergers, des pêcheurs, des pauvres, des étrangers, des malades, des enfants et des vieillards, des larrons et des délinquants, et disons-lui-nous aussi dans la confiance et dans l'amour : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton royaume ».

Bonnes fêtes de Noël

Frère Philippe

N°31 - Mars 2006

Sainte Baume

Courrier Dominicain réalisé par La Fraternité Sainte Marie Madeleine

Culture Bio à la Sainte Baume

Lorsque j'étais paysan-éleveur (1976-1984) dans le Bourbonnais auprès de mon jeune neveu Bernard, c'est lui qui m'avait fait prendre conscience de la différence radicale et fondamentale entre la culture biologique et la culture « chimique » Dans cette dernière, plus moderne et industrielle, on ne s'occupe plus du sol mais de la seule plante à laquelle on va apporter directement tout ce dont elle a besoin : engrais solubles, pesticides... Dans la culture biologique c'est essentiellement « le sol » que l'on va travailler et nourrir pour que la plante puisse y trouver tous les éléments naturels dont elle a besoin pour sa croissance et sa fructification.

A la grotte de la Sainte Baume où j'avais été nommé en 1985, c'est également la « culture biologique » que j'ai pratiquée mais, cette fois-ci, non plus pour cultiver des plantes, mais pour y « cultiver les âmes » qui m'étaient confiées. Il s'agissait d'une « culture biologique » également en ce sens où j'invitais pèlerins, visiteurs et amis à trouver leur « nourriture spirituelle » dans le sol même de la montagne sacrée.

Dès le début de ma fonction de « cultivateur bio des âmes » je me suis efforcé de fouiller et de faire émerger du sol de la Sainte Baume tous les « sédiments » spirituels nutritifs déposés par le fleuve des premiers chrétiens puis des nombreux pèlerins et visiteurs au cours d'une très longue histoire. C'est là, et là seulement, que les pèlerins et visiteurs d'aujourd'hui peuvent éveiller et nourrir leur âme. « L'humus » de la Sainte Baume est suffisamment riche et fertilisant pour qu'il n'y ait pas besoin d'importer d'ailleurs des nourritures spirituelles éphémères et artificielles produites selon les modes d'un moment par les marchés « mondiaux » extérieurs où la Publicité tient lieu de « culture ». Dans un monde complètement détraqué et asphyxié par des nourritures artificielles autant spirituelles que physiques, il serait temps, comme à la Sainte Baume de promouvoir « la culture biologique des âmes » à partir du riche humus déposé par l'Histoire de ces hommes et de ces femmes qui ont été vivifiés en ce lieu par l'Esprit du Dieu Créateur.

Bonne fête de Pâques
Frère Philippe

N°32 - Septembre 2006

Sainte Baume

Courrier Dominicain réalisé par La Fraternité Sainte Marie Madeleine

« Marie Madeleine, la juive »

Deux auteurs anciens, de grande autorité et de grande renommée, nous donnent les noms du père et de la mère de Marie, surnommée « la Magdeleine », soeur de Marthe et de Lazare. Le premier est le célèbre Raban Maur, abbé de Fulda et archevêque de Mayence. Vivant au temps de Charlemagne, au début du IXème siècle, il fut disciple d'Alcuin et écrivit une « Vie de sainte Marie Madeleine et de sainte Marthe sa soeur » dont on possède encore six manuscrits très anciens dans différentes bibliothèques de l'Europe. Le second est le non moins célèbre Jacques de Voragine, dominicain et archevêque de Gênes, bien connu par sa « Légende Dorée » dans laquelle il s'est appliqué à rapporter de nombreuses biographies de saints connus de son temps au XIIIème siècle et sur lesquels il avait pu rassembler de nombreux documents conservés dans la bibliothèque de son couvent.

L'un et l'autre nous apprennent, à quatre siècle de différence, que le père de Marie Magdeleine s'appelait « Théophile » et qu'il avait été « gouverneur et prince de la Syrie et de toute la contrée maritime ». La capitale était alors la grande ville d'Antioche, comptant à l'époque près de cinq cents mille habitants. Lui aussi, sous l'influence de ses enfants, s'attacha à Jésus Christ et l'on dit que le bon Luc lui dédia son évangile ainsi que ses « Actes des Apôtres ».

Quant à la mère de Marie Magdeleine, les deux auteurs anciens s'entendent pour nous dire qu'elle s'appelait « Eucharie » et qu'elle « tirait sa noble origine du sang royal de la nation d'Israël ».

Marie Madeleine, ainsi que son frère Lazare et que sa soeur Marthe, eurent donc le privilège d'avoir une parfaite connaissance autant dans la littérature grecque que dans la littérature hébraïque tenant donc leur identité juive de leur mère Eucharie. Nous devons classer Marie, Lazare et Marthe parmi les juifs hellénisants de « la Diaspora » qui comptait autour de la Méditerranée de nombreuses communautés et de nombreuses synagogues. Le grand apôtre Paul, né à Tarse en Cilicie, sera lui aussi un juif hellénique dont l'attachement et la ferveur à l'égard de la Loi de Moïse étaient grands, sans doute plus que les juifs de Palestine car, mélangés avec les païens gréco-romains ils se devaient de sauvegarder leur identité juive. Néanmoins, la culture grecque dans laquelle ils baignaient leur donnait une plus large ouverture d'esprit que les scribes et les pharisiens de Jérusalem et de la Palestine, généralement figés dans une lecture rigoriste et littérale de la Loi.

Marie Madeleine, ayant hérité de la belle propriété de « Magdalon » au bord du lac de Génésareth, ne put s'empêcher de fréquenter la cour du roi Hérode Antipas dans la ville de Tibériade qui n'était qu'à une « lieue » de chez elle. Parmi ses nombreuses amies elle se lia plus particulièrement à « Jeanne, femme de Chouza, intendant d'Hérode » qui, elle aussi, allait devenir une disciple fidèle de Jésus. Là, à Tibériade, Marie la Magdeleine allait parfaire et élargir la culture grecque qu'elle tenait de son père. Ce qui  - on l'imagine aisément - n'était pas du tout du goût des pharisiens et des scribes qui la classèrent irrémédiablement dans le camp des publicains et des pécheurs.

Avait-elle rompu pour autant avec ses origines et sa culture juive ? certainement pas car c'est bien elle qui, à la suite de Jean le Baptiste, sut reconnaître en Jésus, dès sa première rencontre avec lui, le Messie d'Israël qu'elle va alors honorer en se mettant à ses pieds et les couvrant de baisers et de parfums. Enfin, et la première, elle reconnaissait en Jésus celui que les Patriarches, les Prophètes, les poètes et les sages de sa religion avaient annoncé, depuis des générations et des générations.

Oui, Marie Madeleine, imbibée de culture et de philosophie grecque n'en était pas moins une fille d'Israël. Tous les écrits de ce qu'on appelle aujourd'hui « l'Ancien Testament » n'avait pas de secrets pour elle, comme ils n'en avaient pas pour Paul, juif grec également.

Aujourd'hui en 2006, nous aussi, les disciples de Jésus Christ, nous baignons dans une société païenne dont on a du mal par ailleurs à définir la culture et les valeurs.

Comme Marie Madeleine, sachons à notre tour puiser dans les richesses incommensurables de notre patrimoine Judéo-chrétien, afin de discerner à notre tour que Jésus, le fils de Marie l'Immaculée, est notre Sauveur, établi Seigneur des Seigneurs sur le monde.

Frère Philippe Devoucoux

N°35 - Noël 2007

Sainte Baume

Courrier de La Fraternité Sainte Marie Madeleine

L'Ecologie de l'Âme

Depuis quelques années déjà, nous avons été fortement sensibilisés aux problèmes de notre « Environnement » : réchauffement de la Planète, épuisement et gaspillage des « énergies », disparition d'un grand nombre d'espèces, apparition et extension d'un certain nombre de maladies animales et humaines, nourriture industrielle, menace nucléaire...

Déjà, quand j'étais « berger » dans l'Allier, de 1976 à 1984, j'avais été initié à tous ces problèmes « écologiques » par l'un de mes jeunes neveux qui était lui-même Agriculteur. Il fut l'un des premiers militants du « Mouvement des Verts » qui n'était pas encore un parti politique. Je participais avec lui à de nombreuses réunions ou « Journées » de sensibilisation et d'information qui se déroulaient soit dans sa ferme soit dans le Département. Dans ces petits rassemblements il y avait de nombreux « Citadins » qui, évidemment, ne connaissaient rien à l'agriculture et à la vie à la campagne. Pour eux, du moment que nous étions en contact avec la nature, tout était « beau » et « bon ». Je me rappelle encore de leurs continuelles incantations à « Notre Mère la Terre ». Les pauvres ! Ils n'étaient pas en situation pour prendre conscience que « la Terre », leur soi-disant « douce Mère », était d'abord une « ennemie » qu'il fallait « domestiquer » par les très durs labeurs de l'agriculture et de l'élevage !

De nos jours, le Mouvement des Verts est devenu un parti politique et, par l'intermédiaire des « Médias », tout le monde est devenu « écolo » et « bio ».

Bravo! mais je ne puis néanmoins m'empêcher de constater et de regretter que, dans cette recherche et ce respect de « la nature », il y a une grande absente : c'est l'Ame ! Oui, cette âme que le Dieu Créateur de toutes choses, visibles et invisibles, a insufflée dans notre corps ! Oui, cette âme spirituelle, et donc éternelle, qui peut nous mettre en communion avec Dieu, tous ses anges et tous ses saints !

« Alors Yahvé Dieu modela l'homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l'homme devint un être vivant » (gen.2,7), « Dieu dit : « Faisons l'homme à notre image, comme notre ressemblance, et qu'ils dominent sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les bêtes sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre... Homme et Femme il les créa » (gen. 1, 26-27). Dieu amena à l'homme toutes les créatures pour voir comment celui-ci les appellerait ; chacun devait porter le nom que l'homme lui avait donné » (gen 2, 19). Il est donc bien vrai, que selon les premiers versets de la Bible, l'Homme a été établi par Dieu gérant de l'Univers, c'est-à-dire de tous les êtres qu'il doit nommer et « connaître » par son intelligence et par sa science. Mais lui-même, pourtant gérant et maître de tout l'Univers, matériel et visible, doit être lui aussi « nommé » et « connu » par plus grand que lui, c'est-à-dire Dieu, seul Créateur de toutes choses. S'il se coupe de cette dépendance vitale, à son tour, il perdra la connaissance et le contrôle de tous les êtres vivants et inanimés qui sont dans l'Univers. Croyant les dominer, il sera en fait « dominé » par eux qui deviendront pour lui autant de dieux et d'idoles qu'il servira comme un esclave.

De par sa seule autorité, voulant établir « une harmonie », disons « une écologie », entre tous les êtres sur lesquels il avait été établi « gestionnaire » l'Homme introduira en fait dans le monde un grand désordre et une très grave « pollution » mortelle pour lui-même et tous ses frères. Il faut relire attentivement ce qu'écrit le grand saint Paul aux chrétiens de Rome : « La colère de Dieu se révèle du haut du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes qui tiennent la vérité captive dans l'injustice, car ce qu'on peut connaître de Dieu est pour eux manifeste et Dieu, en effet, le leur a manifesté. Ce qu'il a d'invisible depuis la création du monde se laisse voir à l'intelligence à travers ses oeuvres, son éternelle puissance et sa divinité, en sorte qu'ils sont inexcusables ; puisque, ayant connu Dieu, ils ne lui ont rendu comme à un Dieu ni gloire ni actions de grâces, mais ils ont perdu le sens dans leurs raisonnements et leur coeur inintelligent s'est enténébré. Dans leur prétention à la Sagesse (ou à la Science !), ils sont devenus fous et ils ont changé la gloire du Dieu incorruptible contre une représentation, simple image d'hommes corruptibles (voir aujourd'hui tous les objets de consommation de toutes sortes) (Rom 1, 18-22).

Voilà ce qu'écrivait Paul il va y avoir bientôt 20 siècles ! En 2007, nous arrivons enfin à faire le même constat: selon les convoitises de notre coeur et de notre intelligence « enténébrée », nous sommes en train de tout polluer, de tout détraquer et de tout casser de l'harmonie et de l'unité de la Création. Mais l'homme moderne ne sait toujours pas comment s'y prendre pour rétablir cette harmonie et cette unité. Pourquoi ? Parce qu'il ne veut pas comprendre que c'est de son coeur, et donc de son « intelligence enténébrée », que viennent tous les déséquilibres qu'il constate douloureusement dans son environnement ! Certes, il faut soigner le corps et la nature. Mais à quoi bon si dans un premier temps on ne soigne pas l'âme de laquelle viennent toutes les actions et les desseins pervers ! Avant de s'appliquer à établir une « écologie » du corps et de la nature, il faut s'appliquer en priorité à établir une « écologie de l'âme ».

Alors, comme nous y invite l'apôtre Paul, « conduisons-nous avec dignité : plus de ripailles ni d'orgies, plus de luxure ni de débauche, plus de querelles ni de jalousies. Revêtons nous du Seigneur Jésus Christ, nouvel Adam de la nouvelle Création. Ne nous soucions plus de la chair pour en satisfaire les convoitises débridées et détériorantes. L'heure désormais est venue de nous arracher au sommeil. Le salut est maintenant plus près... La nuit est avancée et le Jour est tout proche. Laissons là nos oeuvres de ténèbres et revêtons les armes de Lumière » (Rom 13, 11-14)

Oui, soyons donc « écologiques » ! Mais commençons par le début à savoir de faire d'abord « l'écologie » de notre âme en nous contentant d'occuper la belle mais humble place qui est la nôtre dans l'harmonie de la Création. En clair, retrouvons sans tarder le chemin qui nous met en relation, dans l'amitié, avec le Créateur que Jésus nous a appris à appeler « Notre Père ». Comme notre corps, notre âme a besoin, elle aussi, d'une nourriture saine et équilibrée pour connaître une croissance heureuse et harmonieuse. Ne lui donnons pas n'importe quoi à manger, tous ces « gadgets » qui l'encombrent et l'empoisonnent. Jésus, le plus grand des maîtres spirituels, ne s'y était pas trompé lorsqu'il nous avait mis en garde : « Ne craignez rien de ceux qui tuent le corps... craignez plutôt celui qui peut perdre dans la géhenne à la fois l'âme et le corps » (Mth 10, 28). Beaucoup de choses peuvent « tuer » le corps, comme ce tabac dont il est écrit en grosses lettres sur les paquets de cigarettes : « FUMER TUE ». Mais il serait tout autant, sinon plus, souhaitable de nous mettre en garde sur tant et tant de choses qui « TUENT l'âme » : A la télévision, dans les journaux, la publicité, les spectacles, dans le tourisme ou la bougeotte illimitée... de tous « ces poisons de l'âme », il semble que personne n'en ait cure. Ca rapporte trop d'argent ! Alors nos petites cervelles continuent à tourner, tourner sans fin, pour rassasier les désirs insatiables de notre âme.

Jean Cassien, le plus grand médecin de l'âme, avait bien perçu ce qui « tue l'âme » lorsque, dans sa première conférence ( ch XVIII), il compare notre âme à un moulin qui tourne sans fin, entraîné par la poussée des eaux de la rivière. Voici ce qu'il écrit : « Il est impossible que l'esprit ne soit traversé de pensées multiples ; mais il reste loisible, cependant, à qui veut en prendre la peine de les accueillir ou de les rejeter. Leur naissance ne dépend pas de nous entièrement ; mais nous sommes bien les maîtres de les approuver et de les accueillir... Cet exercice du coeur pourrait, sans justesse, se comparer aux meules que les eaux d'un canal, en se précipitant, actionnent d'un mouvement giratoire. Elles ne peuvent cesser leur travail, forcées qu'elles sont de tourner par la poussée des eaux. Cependant, il est au pouvoir du maître du moulin de faire moudre, à son gré, du blé, de l'orge ou de l'ivraie ».

C'est le philosophe Aristote qui déclarait qu'à sa naissance, 1'âme humaine est « TABULA RASA » (Table rase). C'est par les sens (la vue, le toucher, l'ouïe, le goût, l'odorat) qu'elle va s'alimenter, croître et se construire en autant de couches de sédimentation et d'humus. Mais en 2007, nous devons nous poser la question : que donnons-nous à notre « pauvre âme » comme aliments et comme nourriture ?

Mille et mille choses nous sont proposées par les « médias » et la « publicité ». Mais ce ne sont que de vains objets, des « gadgets » qui flattent nos sens pour un court moment et nous laissent, en vérité, « complètement vides ». Cependant, comme dans la parabole de Jean Cassien, ma petite tête continue à tourner, tourner... Telle la meule du moulin broyant ce qu'elle peut : parfois du bon grain, plus souvent de « l'ivraie » et même du vide !

Lorsque j'étais paysan, avec mon neveu, j'avais appris ce qui faisait la différence entre « la culture biologique » et la culture moderne que j'appellerais « chimique ». Dans la culture biologique c'est la terre que l'on nourrit, laquelle à son tour, va nourrir la plante. Dans la culture industrielle et chimique, c'est la plante que l'on nourrit et que l'on soigne directement sans avoir besoin de passer par la terre. Il en va de même aujourd'hui pour la culture et le soin de nos âmes. Dans le cadre de ce qu'on appelle aujourd'hui « la mondialisation », on les nourrit « industriellement » donnant à toutes les mêmes pensées, les mêmes jugements, le même savoir, les mêmes réflexes, les mêmes « émotions »... Partout, c'est la dictature de « la pensée Unique » ?

A la sainte Baume, nous avons encore la chance (mais pour combien de temps ?) d'échapper à l'industrialisation de « cette pensée unique ». En ce lieu privilégié, la nature elle-même nous montre l'exemple. Ici, c'est encore « la culture bio » qui prédomine : les 450 espèces botaniques que nous y trouvons tirent leur nourriture et leur croissance d'une terre riche en humus, en semences et en oligo-éléments de toutes sortes.

Il en va de même pour la nourriture et la croissance de nos âmes. Lieu saint par excellence ; grâce à la Tradition de Sainte Marie Madeleine, nous trouvons là toutes les couches de sédimentation laissées par la multitude des pèlerins qui l'ont foulé depuis des siècles. Notre âme peut y trouver la meilleure, la plus saine et la plus sainte des nourritures.

Voilà pourquoi, depuis plus de 20 ans, je me suis efforcé « d'engranger » dans ce que j'ai appelé un « conservatoire » toutes ces très précieuses et saintes semences de la Sainte Baume pour le bienfait et l'épanouissement de nos âmes.

Frère Philippe DEVOUCOUX DU BUYSSON

N°36 - Juin 2008

Sainte Baume

Courrier de La Fraternité Sainte Marie Madeleine

Paul de Tarse et Marie Magdeleine

Chers amis,

Je viens de mettre un point final à un ouvrage (en 2 tomes) de plus de 300 pages. Il s'intitule : « Paul de Tarse - Sa mission - Son Testament spirituel ». Comme je l'avais fait pour le jeune saint Louis de Brignoles, j'ai opté, pour rédiger cet ouvrage, de lui écrire sous forme de « Lettres » (il y en a quarante !). L'avantage de ce genre littéraire est de nous rendre Paul plus proche et plus vivant, lui écrivant comme on le ferait à un ami. En attendant de trouver un éventuel éditeur, l'ouvrage, sous forme de manuscrits photocopiés et brochés, est déjà à la disposition de tous ceux et celles qui désirent le lire (nombreuses photographies).

Il peut paraître « osé » de rapprocher aujourd'hui saint Paul et sainte Marie Madeleine. Rendez-vous compte : d'un côté un homme et de l'autre une femme; d'un côté « une pécheresse » (voire une prostituée !) et de l'autre côté un juif, « pur pharisien », qui traîne derrière lui (sans doute à tort !) une terrible réputation de « misogynie » ! Et pourtant, il semblerait que Dieu se soit plû à réunir ainsi les deux principaux apôtres de la Résurrection de son Fils annoncée à toutes les Nations.

Ainsi Jésus, Nouvel Adam d'une Humanité Nouvelle, a rassemblé sous ses bras écartelés sur la croix les deux extrémités de l'humanité : les justes et les pécheurs, les bons et les méchants, les croyants et les incroyants. Comme le dit si justement saint Paul lui-même : « désormais il n'y a ni Juif ni grec ; il n'y a ni esclave ni homme libre; il n'y a ni homme ni femme; Tous vous ne faites qu'un dans le Christ Jésus » (Gal 3,28).

Autant Paul que Marie Madeleine, ont été « choisis » l'un et l'autre très spécialement, par Jésus pour annoncer à toutes les Nations la Bonne Nouvelle de sa Résurrection et de son Salut. Oui, je le dis bien, ils ont été « choisis » très spécialement par Jésus Ressuscité : l'une dans le Jardin du Tombeau au matin de Pâques, l'autre sur la route de Damas, trois années après. A la première, il dit : « Ne me retiens pas, mais va dire à mes frères : « je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu ». A l'autre, il lui ordonne : « Je t'ai établi Lumière des Nations, pour que tu portes le salut jusqu'aux extrémités de la terre » (Act 13,47).

En effet, si l'on y prête attention, Marie Madeleine et Paul sont bien les deux seules personnes à qui Jésus Ressuscité se manifeste très personnellement en son corps glorieux. Dès lors, on peut facilement imaginer que Paul comme Marie Madeleine ont été « indélébilement marqués » par le visage du Christ glorieux et qu'ils peuvent dire l'un et l'autre : « Ce n'est plus moi qui vis, mais c'est le Christ qui vit en moi » (Gai 2,20)

Certains d'entre nous connaissent l'admirable icône du 14ème siècle sur Marie Madeleine et qui est conservée à l'abbaye de Ganagobie. On l'appelle « la Christophore ». Elle représente Marie Madeleine portée par les anges au sommet du Saint Pilon. Elle porte sur sa poitrine un médaillon dans lequel est gravé le visage du Ressuscité. On pourrait également représenter Paul « Christophore », portant sur sa poitrine le même médaillon du visage de Jésus Christ.

Etrange destinée de ces deux grands apôtres, l'un prêchant à Ephèse, l'autre à Marseille, à l'ombre de la grande déesse Artémis qui, aux yeux des grecs, procurait fertilité et fécondité. Bizarrement, ce sera encore à Ephèse que se réfugieront la Vierge Marie et le disciple bien aimé, Jean, à qui elle avait été confiée. En 431, le concile d'Ephèse proclamera la Vierge Marie non plus seulement « Christophore » mais carrément « Theotokos », c'est-à-dire « Mère de Dieu », ce qu'elle est assurément, faisant alors de nous ses propres enfants. Immense fécondité de la Grâce de Jésus Christ pour tous les hommes !

Bien Fraternellement.

Frère Philippe DEVOUCOUX DU BUYSSON

Les "Lettres de la Sainte Baume" sont remplacées par les "Cahiers de la Sainte Baume" et un courrier, deux fois par an, en alternance.

ABONNEMENT aux Cahiers de la Sainte Baume : 18,00 € / an
(deux cahiers + 2 courriers de la Fraternité)

Haut de page
  web compteur