Marie Madeleine dans les Evangiles
Extraits des Cahiers de la Ste-Baume N°1-2-3
« MAIS QUI EST DONC MARIE MADELEINE ? »

MARIE, SOEUR DE MARTHE ET DE LAZARE, PEUT-ELLE CONSTITUER A ELLE SEULE UN PERSONNAGE UNIQUE ?

Si « Marie de Béthanie », à strictement parler, n'existe pas dans les textes évangéliques, il n'empêche que Marie, soeur de Marthe et de Lazare, est bien réelle. L'évangéliste Jean la met longuement au-devant de la scène dans les chapitres 11 et 12, lesquels font déjà partie des récits de la Passion -  Résurrection. Il faut donc maintenant examiner si cette femme, située au début des récits de la Passion, a suffisamment de consistance en elle-même pour la distinguer de cette autre femme qui occupera, elle aussi, le devant de la scène, mais cette fois-ci à la fin de ces récits: Marie, la Magdaléenne.

La mort et la résurrection de Lazare (Jn 11, 1-54)

Jn 11.39
Jésus dit: «Enlevez la pierre»! Marthe, la soeur du mort, lui dit: «Seigneur, il sent déjà: c'est le 4ème jour».

Pour Lazare, la mort remontait déjà à quatre jours et le processus de décomposition du corps était commencé. Rappelons-nous la discrète réflexion de Marthe: « Seigneur, il sent déjà! » (Jn, 11,39). Il est bien évident que de ressusciter un mort enterré depuis plus de trois jours a stupéfié la foule beaucoup plus que la « réanimation » de deux jeunes gens (le fils de la veuve, la fille de Jaïre) qui venaient juste de mourir.

Jn 11.14-15
Alors Jésus leur dit ouvertement: «Lazare est mort, et je me réjouis pour vous de n'avoir pas été là-bas, afin que vous croyiez. Mais allons auprès de lui»!

Devant le tombeau de Lazare, les apôtres sont là ainsi que les femmes qui le suivaient depuis la Galilée, dont Marie la Magdaléenne. Jésus montant à Jérusalem et sachant ce qui allait lui arriver, c'est d'abord pour eux (hommes et femmes qui l'ont suivi depuis la Galilée) qu'il va opérer ce miracle de la Résurrection de Lazare, « afin qu'ils croient » le moment venu. Et cet événement, à quelque deux semaines de la mort de Jésus, sera bien enregistré et gravé dans la mémoire de celle qui sera à l'origine de la foi en la résurrection de Jésus: Marie la Magdaléenne. A un intervalle d'une quinzaine de jours, nous la retrouverons allant « de nuit » au tombeau de Jésus pour être là au lever du troisième jour.

Même si l'on veut continuer et s'obstiner à distinguer Marie, sœur de Marthe et de Lazare, de Marie la Magdaléenne, il faut tout de même prendre conscience que cette dernière était présente devant le tombeau de Lazare. L'expérience de la résurrection de Lazare lui servira, comme le voulait Jésus lui-même, à faire le cheminement intérieur nécessaire pour reconnaître et proclamer devant le tombeau vide que Jésus est vivant et qu'il est lui-même la Résurrection.

L'onction à Béthanie (Jean 12, 1-8)

Matthieu et Marc rapportent la réflexion de Jésus sur ce geste d'onction accompli par Marie à Béthanie: « En vérité je vous le dis, partout où sera proclamé l'évangile dans le monde entier, on redira aussi à sa mémoire ce qu'elle a fait » (Marc 14,9).

Jn 12.12
Le lendemain, la foule nombreuse venue pour la fête apprit que Jésus venait à Jérusalem;

Où et quand situe-t-il cet événement ? A Béthanie, c'est-à-dire aux portes de Jérusalem où, le lendemain même, il effectuera son entrée messianique, pacifique et non violente. Quand a lieu cet événement ? Six jours avant la Pâque, c'est-à-dire au début de la semaine de la nouvelle création. Depuis la résurrection extraordinaire de Lazare, grands-prêtres et pharisiens ont décidé fermement et définitivement la mort de Jésus. Tout de suite après l'onction, Matthieu et Marc (26, 14-14 et 14, 10-11) situent la décision de Judas d'abandonner et de trahir Jésus. Oui, la trahison de Judas est la conséquence directe de l'onction à Béthanie. Judas n'aurait certainement pas pris une telle décision uniquement pour un geste de compassion de Marie à l'égard de Jésus. Il fallait que ce geste soit révélateur de quelque chose de beaucoup plus capital pour entraîner une telle trahison !

Que révèle en réalité le geste de Marie ? Eh bien, Jésus lui-même dit tout haut ce que tous les autres ont compris tout bas et ne veulent pas admettre: « D'avance, elle a parfumé mon corps pour l'ensevelissement ». Marie, par l'onction de parfum dont la senteur emplit toute la maison, agit comme prophétesse: d'avance, elle annonce la mort de Jésus et son ensevelissement dans le tombeau où seront brûlées plusieurs livres de parfum.

Jn 19.39
Nicodème - celui qui précédemment était venu, de nuit, trouver Jésus - vint aussi, apportant un mélange de myrrhe et d'aloès, d'environ 100 livres

L'extraordinaire est que Marie annonce l'ensevelisesment de Jésus en même temps qu'elle consacre sa royauté et son sacerdoce unique par l'onction sur la tête (cf. Matth. et Mc). Pour une telle onction, elle utilise non seulement de l'huile parfumée, mais aussi du parfum d'un nard très pur, réservé à la divinité. Elle proclame ainsi tout à la fois le messianisme et la divinité de Jésus. Geste inouï d'une femme, geste d'une prophétesse qui va signifier que Jésus sera Roi et Messie tout justement par son ensevelissement au sein de la terre, au sein de ce monde qu'il va sauver en le ressuscitant comme le levain dans la pâte !

Une peinture exposée au Louvre représente côte à côte Jean le Baptiste et Marie-Madeleine. L'auteur de cette peinture a très bien vu que l'onction royale et messianique met la femme qui l'accomplit au même rang que Jean le Baptiste. L'un et l'autre sont prophètes. L'un et l'autre désignent et intronisent le Messie « Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». Comme Jean le Baptiste est le prophète qui introduit Jésus dans sa vie publique, Marie, par l'onction, six jours avant la Pâque, est la prophétesse qui introduit Jésus dans sa Passion.

MARIE-MADELEINE, UNE FEMME CENSUREE ?

Introduction

Qu'une femme aussi populaire que la Magdaléenne soit également, dans l'évangile et dans l'histoire, la femme la plus controversée, c'est tout de même curieux! Les uns veulent la disséquer et ne prendre en compte que les événements où elle est précisément nommée: « Marie, la Magdaléenne ». D'autres, sans manifester aucun intérêt pour cette querelle de l'unicité ou de la distinction des trois femmes, ne vont s'attacher et n'exalter qu'un aspect secondaire et douteux : « la pécheresse » repentie mais jamais totalement pardonnée, ou « la contemplative » qui se retire du monde, ne supportant plus de « voir visage d'homme » depuis qu'elle a eu le privilège insigne de contempler le visage du Ressuscité. Par contre, son rôle prééminent de témoin et de co-actrice dans la Passion-Résurrection de Jésus est beaucoup moins mis en avant.

L'originalité et la primauté de Marie-Madeleine

Il n'est plus besoin de rappeler que seul Jean, témoin oculaire et pourtant rédacteur tardif, met en pleine lumière cette Marie, surnommée « la Magdaléenne » et qui est aussi la sœur de Marthe et de Lazare. Seul l'évangéliste Jean a eu l'audace de donner à cette femme un véritable rôle, un rôle où elle est seule. Par contre, les synoptiques (exceptée la péricope de Luc 10, 38-42) n'isolent jamais la Magdaléenne, à quelque endroit que ce soit. A l'onction à Béthanie où elle tient manifestement le premier rôle, ils ne donnent pas son nom et disent seulement « une femme ». Eh bien, malgré leur réserve et leur attention à ne jamais lui donner une place trop importante. même eux, ils laissent percevoir son orinalité et sa primauté.

MARIE-MADELEINE ASSISTE A LA MORT ET A L'ENSEVELISSEMENT DE JESUS

La mort de Jésus et son constat officiel (le vendredi 14 nisan de l'année 30 ou 33)

Jn 19.30
Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit: «C'est achevé» et, inclinant la tête, il remit l'esprit.

D'après Matthieu et Marc, qui ne sont pas contredits par Jean et Luc, c'est « vers la neuvième heure » (ce qui correspond à 15 h) que Jésus, après avoir jeté un grand cri, « expira ». (cf. Mth. 27, 46 et 50; Marc 15, 34 et 37; Lc 23, 44 et 46; Jn 19, 30).

Jésus est mort, bien mort : les quatre évangélistes l'attestent. Il est mort du supplice de la Crucifixion, supplice des Romains, monstrueux et barbare, réservé aux esclaves. Marie-Madeleine et quelques autres femmes, qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée, ont été les témoins, en direct, de ce supplice et de cette mort de Jésus.

Jn 19.35
Celui qui a vu rend témoignage - son témoignage est véritable, et celui-là sait qu'il dit vrai - pour que vous aussi vous croyiez.

Jean, le disciple bien-aimé de Jésus, qui était là également près de la croix avec les femmes, est le seul des quatre évangélistes à nous rapporter un événement, selon ce qu'il a vu de ses propres yeux.

Très tôt donc, face à certaines doctrines fausses concernant sa résurrection d'entre les morts, il a été important de témoigner que Jésus était bel et bien mort sans aucune possibilité de retour à la vie.

Jn 20.27
Puis il dit à Thomas: «Porte ton doigt ici: voici mes mains; avance ta main et mets-la dans mon côté, et ne deviens pas incrédule, mais croyant».

Jean a voulu rendre témoignage de cet incident pour nous montrer qu'il n'était plus question de ramener à la vie un corps ainsi torturé et mutilé. Contrairement à la résurrection-réanimation de Lazare, la Résurrection de Jésus nous fera entrer dans un tout autre mode d'existence, même si le corps autre du Ressuscité porte encore les stigmates de sa Passion.

MARIE-MADELEINE, PREMIER TEMOIN DE LA RESURRECTION DE JESUS : QUE S'EST-IL PASSE EXACTEMENT AU MATIN DE PÂQUES ?

A - Ce que nous affirment les quatre Evangiles :

Nos quatre témoins sont d'accord entre eux pour nous dire que « le sabbat étant passé, le premier jour de la semaine, de très bonne heure », un petit groupe de femmes se rendit au tombeau de Jésus. A peine arrivées, elles virent que la pierre qui fermait la sépulture avait été roulée et qu'ainsi le tombeau était grand ouvert. Tout apeurées, ces femmes s'enfuirent et certaines d'entre elles vinrent annoncer ce qu'elles avaient vu aux apôtres.

Tel est l'essentiel de l'événement vécu par un groupe de femmes au matin de Pâques et disons « le noyau immuable » commun aux quatre évangiles.

B - Ce que nous dit différemment chacun des Evangiles :

En lisant séparément chacun des quatre évangiles, nous sommes mis en face d'un certain nombre d'événements et de détails qui sont loin de coïncider les uns avec les autres. Une étude comparative attentive s'impose pour arriver à déceler, si possible, ce qu'il a pu se passer exactement. Alors, une première question importante s'impose à nous: faut-il tout garder de ce que chacun des évangiles nous dit, et ainsi « additionner » les uns à la suite des autres les différents épisodes et détails rapportés par les quatre textes ?

Inventaire et addition de tous les épisodes et détails rapportés par les quatre Evangiles :

Voici ce que nous obtenons :

  1. Trois visites au tombeau: un groupe de femmes très tôt le matin, puis de Pierre et de Jean, enfin de Marie-Madeleine seule.
  2. Deux apparitions d'anges : une aux femmes ensemble (Mth, Mc et Lc) et une autre à Marie-Madeleine seule (Jn).
  3. Deux apparitions de Jésus: une aux femmes ensemble (Mth) et une à Marie-Madeleine seule (Jn).
  4. Trois missions identiques « Allez dire aux disciples » : la première confiée par les anges lors de la première visite aux femmes ; la seconde confiée par Jésus aux femmes sur le chemin du retour (Mth) ; la troisième confiée par Jésus à Marie-Madeleine seule (Jn).
  5. Trois retours auprès des apôtres: un premier retour pour annoncer « qu'on a enlevé le corps du Seigneur » (Jean seul), un deuxième pour annoncer le message des anges : « Jésus s'est éveillé des morts » (Mth et Lc), un troisième de Marie-Madeleine seule pour dire: « J'ai vu le Seigneur ».
  6. Un aller-retour au tombeau des apôtres Pierre (Lc) et Jean (Jn).

Conclusion de cet inventaire: A vouloir conserver tous ces témoignages avec leur multiplicité d'apparition et d'allées et venues, nous ne pouvons échapper à des contradictions.

Jn 20.1
Le 1er jour de la semaine, Marie de Magdala vient de bonne heure au tombeau, comme il faisait encore sombre, et elle aperçoit la pierre enlevée du tombeau.

Note : C'est là le témoignage essentiel des femmes: la pierre a été roulée, le tombeau est vide et le corps de Jésus n'est plus là. Les quatre évangélistes ont rapporté cet événement réel et capital pour servir de fondement à la foi de la jeune église en la résurrection de Jésus.

Jn 20.2
Elle court alors et vient trouver Simon-Pierre, ainsi que l'autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit: «On a enlevé le Seigneur du tombeau et nous ne savons pas où on l'a mis».
Mc 16.8
Elles sortirent et s'enfuirent du tombeau, parce qu'elles étaient toutes tremblantes et hors d'elles-mêmes. Et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur...

Note: Ici, nous suivrons Jean qui nous rapporte que devant la constatation du tombeau ouvert, Marie-Madeleine et la femme (ou les femmes) qui l'accompagnait coururent vite prévenir Pierre et les disciples: « Ils ont enlevé le Seigneur du tombeau et nous ne savons pas où ils l'ont mis ». A ce moment-là, les sentiments qui dominent chez les femmes sont « tremblement », « trouble » et « peur ». Il est probable que seule Marie-Madeleine parlât à Pierre, « les autres se taisant tant elles avaient peur »

Nous allons savoir, un peu plus loin, toujours par Jean (Jn 20, 18) que Marie-Madeleine, une deuxième fois, ira trouver Pierre et les disciples, mais cette fois-ci pour leur annoncer: « J'ai vu le Seigneur ».

Les trois évangiles synoptiques ne nous rapportant pas la rencontre de Marie-Madeleine avec le Ressuscité, ils ont alors « fusionné » les deux comptes rendus de celle-ci à Pierre en un seul. Chez Matthieu et Luc, c'est le deuxième compte rendu qui est dominant: « Jésus s'est éveillé des morts »; chez Marc, nous percevons plutôt le trouble et la peur occasionnés par le premier compte rendu: « Ils ont enlevé le Seigneur du tombeau et nous ne savons pas où ils l'ont mis ».

Jn 20.11
Marie se tenait près du tombeau, au-dehors, tout en pleurs.

Note: Pierre et les disciples ont donc été prévenus par Marie-Madeleine et les femmes qu'elles avaient trouvé le tombeau vide. Pierre est venu constater le fait, accompagné du disciple que Jésus aimait, puis ils s'en sont retournés chez eux. L'évangéliste Jean est seul à nous rapporter une nouvelle présence de Marie, la Magdaléenne, près du tombeau vide. C'est donc qu'elle est revenue sur les lieux à la suite des deux apôtres. Alors que ceux-ci sont repartis, la Madeleine reste, comme par entêtement: elle veut retrouver le corps de Jésus et dans sa recherche, il lui faut partir de l'endroit où elle l'a vu pour la dernière fois (cf. Math 27,61 ; Mc 15, 47 et Lc 23, 55). Pour Marie-Madeleine, on ne peut retrouver Jésus vivant qu'en partant de son ensevelissement : il faut rechercher le corps !

MARIE-MADELEINE EST LE TEMOIN DE LA RESURRECTION DE JESUS PARCE QU'ELLE A ETE LE TEMOIN DE SA PASSION

Marie-Madeleine au Calvaire

Jn 19.25-26
Or près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala. Jésus donc voyant sa mère et, se tenant près d'elle, le disciple qu'il aimait, dit à sa mère: «Femme, voici ton fils».

Nous avons lu dans le récit de Jean (20, 8) que lorsque le disciple bien-aimé entra à son tour dans le tombeau « il vit et il crut ». Jean, que la tradition reconnaît être ce disciple bien-aimé, serait alors le premier croyant en la résurrection de Jésus, avec Marie-Madeleine et les autres femmes, Marie Jacobé et Salomé. Alors, si nous prêtons attention aux textes et plus particulièrement à celui du quatrième évangile, nous nous apercevons que les premiers témoins de la résurrection de Jésus sont également les témoins de sa Passion. Ce qui signifierait qu'il faut entrer et vivre dans le mystère de la Passion pour entrer et vivre dans le mystère de la Résurrection. C'est la compréhension du mystère de la Passion qui va nous faire découvrir la réalité de la Résurrection de Jésus.

CONCLUSION

Après une étude comparative des quatre Evangiles, nous avons donné notre préférence au récit de Jean. Celui-ci affirme que Marie-Madeleine a été la première à qui Jésus ressuscité s'est manifesté au matin de Pâques.

L'intérêt de la personnalité et de la vocation exceptionnelle de Marie-Madeleine est de nous aider, encore aujourd'hui, à trouver le chemin qui nous conduit au Christ ressuscité :

  1. Participer de près à sa Passion et non pas seulement regarder de loin.
  2. Comme elle, rechercher le corps de Jésus et finalement le découvrir à travers cette « nouvelle fraternité » inaugurée à Pâques : Jésus est désormais présent à travers les membres de son corps, ses frères, et nous montons ensemble vers son Père et notre Père et son Dieu et notre Dieu.

La Sainte-Baume - Pâques 1988
Fr. Philippe DEVOUCOUX du BUYSSON

Pour obtenir cette étude complète, voir le Cahier N°1-2-3 de nos Publications

Haut de page

  web compteur