La Sainte Baume et sainte Marie Madeleine
Extraits des Cahiers de la Sainte-Baume N°10
« Le Guide du Pèlerin à la grotte de sainte Marie Madeleine »

Visites guidées de la forêt de la Ste Baume voir détail

En Pèlerinage vers la Grotte

DESCRIPTION DU SITE

La Sainte Baume est fascinante sous trois aspects: sa barre rocheuse est une curiosité géologique; sa « forêt relique » est tout à fait originale dans la Provence; son pèlerinage à sainte Marie Madeleine est un des plus anciens et il bénéficie d'une renommée mondiale.

La Sainte Baume, une curiosité géologique

En arrivant sur le plateau du Plan d'Aups, le visiteur s'émerveille d'abord devant la majesté de la longue barre rocheuse qui s'allonge au dessus de lui sur douze kilomètres de long, d'Est en Ouest. Au centre de cette barre exposée au Nord, le regard est principalement attiré par une falaise lisse, légèrement incurvée, de près de 150 mètres d'à-pic.

La Sainte Baume et la forêt sacrée

Au coeur de celle-ci s'ouvre une ténébreuse caverne appelée « Baoumo » et devenue alors « Sainte Baume » depuis le séjour solitaire qu'y aurait effectué sainte Marie Madeleine. Le nom a, depuis, englobé tout le massif dont la ligne de crête culmine à plus de 1000 mètres. Le plateau du Plan d'Aups, lui, est à 700 mètres d'altitude. Nous sommes ici en face d'une curiosité géologique: cette montagne, surgie des fonds marins à l'ère secondaire, a en quelque sorte « les pieds en l'air et la tête en bas ». Cette anomalie est la conséquence d'un repliement, appelé « série renversée », qui se serait effectué au début du tertiaire sous la poussée des continents. Après une rupture à la charnière de ce repliement, il y aurait eu un glissement de la partie renversée sur près de dix kilomètres vers le nord. Ainsi, en ce qui concerne la falaise proprement dite de la Sainte Baume, les couches les plus anciennes (Urgonien) recouvrent des couches plus récentes (Aptien et Santonien).

Le massif de la Sainte Baume avec ses nombreuses grottes et avens, est le principal château d'eau de la basse Provence où prennent leur source toutes les rivières de la région: Huveaune, Caramy, Gapeau, Argens...

LA SAINTE BAUME AUJOURD'HUI

La montagne sainte Marie Madeleine attire toujours de très nombreux pèlerins, excursionnistes et touristes. Elle est principalement fréquentée par les Marseillais, petits et grands, mais on y vient aussi de toute la France et de toute l'Europe. Outre le pèlerinage à la grotte de la Madeleine, on trouvera un grand bonheur et une grande paix à traverser la forêt sacrée et à sillonner les multiples sentiers qui nous conduisent sur les crêtes d'où l'on jouit d'un panorama exceptionnel sur la mer et sur les Alpes.

« Il y avait un bois sacré qui, depuis un âge très reculé, n'avait jamais été profané. Il entourait de ses rameaux entrelacés un air ténébreux et des ombres glacées, impénétrables au soleil...
... Déjà la renommée rapportait que des tremblements de terre faisaient mugir le fond des cavernes, que les bois, sans brûler, brillaient de la lueur des incendies, que des dragons, enlaçant les troncs, rampaient çà et là. Les peuples n'en approchent pas pour rendre leur culte sur place, ils l'ont cédé aux dieux. »

LUCAIN.

La « forêt relique » de la Sainte Baume

Le pèlerin ou le visiteur devra, pour accéder à la Grotte de la Madeleine, monter pendant plus d'une demi-heure à travers une forêt bien étrange et quelque peu « inquiétante ». En effet, dans cette forêt très épaisse, exposée au nord, à l'abri de la haute falaise, la lumière pourtant éclatante de la Provence ne pénètre pas. Humidité, fraîcheur, moisissures, mousses, lichens et champignons y dominent.

Vue du Chemin de Giniez

Les chênes et, plus haut, les hêtres ont plusieurs siècles d'existence. Ils ont pu enregistrer les murmures et les prières des pèlerins du temps de Louis XIV, de François 1er ou de Louis XI. Certains ifs, au tronc creux, mais au feuillage encore vert, seraient millénaires. Partout l'eau suinte, noire sur les roches calcaires écroulées depuis bien longtemps. Tout est sombre et silencieux. Tristesse ? Inquiétude ? Non, c'est plutôt la paix, une paix immense et éternelle.

Dans cette forêt très spéciale, considérée comme sacrée depuis toujours, le temps a suspendu son vol. Nous sommes pour un moment introduits dans l'éternel, en communion avec les forces tranquilles de la vie, en communion avec le Dieu créateur.

Fontaine de Nans

On parle de « forêt relique », non pas au sens de « fossile » mais de « relictuelle ». Protégée par la falaise et bénéficiant ainsi d'un microclimat, cette forêt de 130 hectares serait « ce qu'il reste » de la forêt qui pouvait couvrir la Provence à la fin de l'ère tertiaire.

Malgré l'âge avancé de la plupart de ses sujets, la forêt de la Sainte Baume est toujours bien vivante. L'O.N.F. veille scrupuleusement à son entretien et à sa régénération. Mais celle-ci reste fragile et il est demandé impérativement au visiteur de la respecter en restant sur les sentiers balisés et autorisés.

« Les lieux saints sont au monde ce que les astres sont au firmament, une source de lumière, de chaleur et de vie »

H.D. LACORDAIRE


L'arrivée à la Grotte

Les escaliers et le chemin de croix

Le pèlerin déjà bien fatigué et essoufflé doit encore affronter une épreuve avant d'atteindre le but de son pèlerinage: 150 marches d'escalier qui représentent les 150 psaumes du roi David ou les 150 « Ave » de la prière du Rosaire. Ces escaliers ont été construits tels qu'ils sont par le célèbre Père Vayssière, dominicain, qui fut pendant trente deux années très difficiles (1900-1932) le « Gardien » du renommé sanctuaire. Dans les temps antiques, il n'y avait, paraît-il, qu'un chemin très escarpé et vertigineux pour accéder au refuge de la Madeleine.

calvaire (12e station)

Considérant la dure épreuve que représentaient ces escaliers pour les pèlerins parfois épuisés, le Père Vayssière voulut que ces escaliers soient gravis dans le cadre d'un chemin de croix. Les différentes croix de bois en chêne, qui marquent les stations, ont été mises en place tout au long de ces escaliers en 1914. S'inspirant du chemin de croix de Bétharram, le Père Vayssière désira que les 12ème et 13ème stations soient monumentales. Le Calvaire fut inauguré et béni le 8 juillet 1914 dans le cadre des grandes célébrations organisées pour le centième anniversaire de la restauration du culte à la Grotte en 1814. A cette cérémonie, il y avait plusieurs évêques et une foule considérable. Quelques jours après, le 4 août, c'était la mobilisation générale pour la première guerre mondiale. Curieux et tragique symbole !

La Descente de Croix

La 13ème station (la descente de croix), monumentale elle aussi, ne fut mise en place qu'en 1932. Cette touchante pietà est l'oeuvre du sculpteur Marthe Spitzer. Cette grande artiste avait rencontré le Père Vayssière à la Sainte Baume, à la maison de Retraite de Nazareth, lors des amicaux rassemblements judéo-chrétiens qui s'y faisaient chaque été autour de l'abbé Alterman.

Descente de Croix

C'est donc au cours de l'un de ces rassemblements que le Père Vayssière lui demanda la réalisation monumentale de la 13ème station du chemin de croix. L'exécution d'un tel projet n'alla pas sans souffrances et demanda plusieurs années. Une fois terminée, la sculpture, fondue par Rudier. fut exposée pendant trois semaines, du 16 mai au 5 juin 1932, sur le parvis de l'Église de la Madeleine à l'attention du peuple de Paris. Enfin, la Pieta prit la destination de la Sainte Baume: en train jusqu'à la petite gare de Saint-Zacharie. Là elle fut tirée par des attelages de chevaux jusqu'au pied de la Grotte de la Madeleine et enfin montée dans les escaliers à l'aide de rouleaux, de madriers et de palans. Des hommes du pays ayant participé à la délicate opération peuvent témoigner encore aujourd'hui de l'exploit qui ne demanda pas moins d'une semaine !


Panorama

Avant de pénétrer dans la sainte Grotte de Marie Madeleine, on passera un moment à contempler le panorama extraordinaire qui s'étale devant nos yeux depuis ce belvédère tout à fait original. En face de nous, s'allonge dans une première ligne, d'Est en Ouest, le massif de l'Aurélien, ainsi nommé parce que l'antique voie romaine « Aurelia » passait au pied de cette montagne. Puis en second plan, nous voyons se dresser la fière Sainte Victoire, soeur jumelle de la Sainte Baume. Certains jours de grande clarté (en hiver) nous pouvons apercevoir le sommet enneigé du mont Ventoux. Puis un peu sur la droite, c'est la chaîne du Luberon. A droite, nous pouvons distinguer le village de Nans Les Pins et, plus à droite encore, la petite ville de Saint-Maximin avec son altière basilique. Derrière, à l'horizon, et par beau temps, nous apercevons les sommets enneigés de l'Oisans et du Mercantour. Ramenons notre regard vers la gauche et nous distinguerons les cheminées polluantes de la centrale thermique de Gardanne. Derrière, à l'horizon, nous pouvons apercevoir la chaîne des Alpilles. Enfin, tout à fait à gauche, c'est le Plan d'Aups, puis la célèbre montagne du Garlaban, au dessus d'Aubagne, et, certains jours, on peut voir un bout de la mer, miroitant comme de l'argent.

Voir le Cahier N°10 de nos Publications

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